J'ai un rapport particulier avec Le petit prince. C'est mon livre de chevet depuis toujours, depuis que je l'ai reçu pour mes sept ou huit ans, quand j'étais vraiment pressée de savoir livre. C'est mon premier livre "pour les grands" et je le relis quasiment tous les ans, parce qu'il a une grande qualité : je ne vois pas la même chose dans le texte, chaque fois que je le lis. J'étais donc, bien entendu, forcée d'aller voir son adaptation.
Et il s'agit d'une adaptation très libre, qui n'a pas pour but de faire un copier coller de l'oeuvre originale, mais qui, par moments, se retrouve un peu à côté de la plaque. L'aviateur raconte l'histoire du Petit Prince à sa voisine, une petite fille qui vient d'emménager et dont la vie est régie par une mère autoritaire et obsessionnelle. On est donc dans un monde où le livre "Le petit prince" existe et permet donc de développer d'autres personnages, mais qui sont des stéréotypes. Ils auraient pu l'être à la façon du petit prince, dans tout leur paradoxe et leur humour, mais ne rendent que des robots assez fades. Il n'y a vraiment donc que l'aviateur qui sort du lot, très bien doublé et animé.
Le petit monde qu'on nous présente est une banlieue, bien rangée, géométrique, mathématique. Presque un truc à la Burton, avec les voitures coordonnées, les arbres bien taillés et le gazon "moquette". A l'opposé de toute cette artificialité, on trouve la maison de l'aviateur, biscornue et colorée. Et c'est déjà cette dichotomie qui me dérange, ce manque de nuances, autant dans l'univers que dans ses personnages. Seule la petite fille est tiraillée entre ces deux mondes (celui des adultes et celui de l'enfance) et apprend à voir le monde sous un regard neuf grâce à cette histoire.
Les passages du Petit prince sont réalisés en stop motion, une séparation avec le style du film, comme pour bien indiquer qu'il ne s'agit que d'une histoire. On retrouve tout ce côté rough et brouillon des crayonnés que l'on retrouve dans le livre, avec un passage de la 2d à la 3d vraiment réussi. Je suis déçue de ne pas avoir vu plus de ces passages que j'aimais, mais réaliser, c'est choisir. L'alcoolique et l'homme au réverbère apparaîtront quand même comme clin d’œil.
Dit comme ça, on pourrait croire que le film m'a quand même plutôt plu. Mais il y a une partie qui, selon moi, est vraiment de trop. Si justement, on fait bien passer le message de l'acceptation du départ et du deuil... Après avoir vu partir l'aviateur en ambulance, la petite fille décide de retrouver le petit prince pour lui. S'ensuit une sorte de voyage sur la planète des méchants adultes qui pensent qu'à l'argent et au travail - qui n'est qu'un rappel de la banlieue dans laquelle ils se trouvent, et d'un autre détail du film- pour qu'on se rende compte que le petit prince a grandi et que, plutôt que de ramoner le volcan de son petit astéroïde, il ramone des cheminées. S'ensuit une petite aventure aussi attendue qu'ennuyeuse où l'on retrouve le businessman comme grotesque méchant du film. Elle ne correspond pas plus que ça au ton et à l'ambiance qu'avait le film avant et donne plutôt l'impression de rajouter du temps de visionnage. Et je ne parlerais pas de la version full 3d du petit prince que j'ai trouvé... Ouais, nan, j'en parlerais pas. Même s'il s'agit de le rendre réel et consistant et plus seulement le personnage d'un conte...
Le film est plein de bonnes intentions et d'une qualité graphique nettement visibles, bien doublé et avec une musique qui lui colle vraiment... mais il n'a pas le bon titre. A part ces vingt minutes qui servent à combler un vide, j'avoue avoir passé un bon moment. Mais je vais quand même relire le livre, sous une couette avec une lampe frontale, encore une fois.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire