11.11.2014

Je suis de retour \ Interstellar

     Malgré tout ce que je pouvais penser, il y a toujours des visiteurs par ici, même si je n'ai absolument rien posté depuis juin dernier. Je ne suis absolument pas désolée, je pense que chacun a droit à ses petites vacances. J'en ai donc profité pour revoir le visuel du blog. Hé oui, nouvelle année, nouvelle tronche.
     Mais j'avoue que c'est surtout une chose qui m'a poussée à revenir : la sortie de Interstellar.

     Je fais partie de ceux qui apprécient beaucoup le travail de Nolan (sauf son dernier Batman). Il y a quatre ans (déjà), Inception m'avait laissé une sacrée impression.Vous savez, celle qui fait qu'à peine sorti de la salle, on veut y retourner. C'était donc avec beaucoup d'engouement, mais surtout une grande peur d'être déçue, que je me suis rendue à la première séance que je pouvais (j'ai loupé l'avant première, sachez bien que je suis dégoûtée). Je suis restée hermétique à tout ce qui a pu être dit ou montré pour n'avoir aucun à priori sur ce que j'allais voir et surtout, en attendre le moins possible. Et comme on se doute... J'ai vraiment beaucoup aimé (on pourrait dire adorer). D'ailleurs, j'avais une occasion pour retourner le voir ce soir, mais j'ai eu un empêchement.
     Moi et mes vaisseaux spatiaux sur les bras, on était ravis de la thématique abordée, mais aussi de la façon dont elle est traitée. On a tous les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ; on éprouve une fascination presque malsaine pour un ailleurs qu'on ne peut même pas envisager de manière concrète. Dans la fiction, on en a des pelletées de ces récits de conquête spatiale, de découverte de mondes inconnus, qui donnent tous lieux à des hypothèses les plus folles les unes que les autres.
     Et on commence l'histoire avec Cooper, ce mec qui a le visage tourné vers le ciel en restant bloqué dans la boue, à une époque ou tout le monde a choisi de se détourner des étoiles. Il y a un rejet volontaire de la conquête spatiale (jusqu'à leur apprendre à l'école que l'homme n'est jamais allé sur la Lune, sujet ô combien controversé, même maintenant), pour se concentrer sur ce qui se passe à même le sol : il n'y a plus de nourriture. On se retrouve donc à ce moment où l'humanité cherche plus à survivre, quand la planète lui fait bien comprendre qu'on ne fera plus long feu (tempêtes de sables, espèces de plantes qui meurent, etc). Mais tout ce qu'on nous donne à voir, c'est le monde de Cooper : sa vieille baraque blanche, perdue dans des hectares et des hectares de champ. Quand on quitte la Terre, on quitte cette maison : le décompte de la fusée se fait en même temps que la voiture qui s'éloigne de la baraque, jusqu'à atteindre l'horizon. 
     Jusqu'à maintenant, on nous a déjà donc présenté tous ceux qui vont nous accompagner dans le périple : ceux qui partent vers les étoiles, pour nous trouver un nouveau monde... mais aussi ceux qui restent. Et ces derniers sont ceux qui représentent les différentes attitudes face à cette "mission". Le fils de Cooper est fataliste et résigné, souhaitant que la situation sur Terre se règle d'elle même. A l'opposé de Murph, la fille de Cooper avec laquelle il entretient une relation très fusionnelle : Murph, c'est Cooper². Leur lien, presque physique, est d'ailleurs l'un des éléments centraux du film. D'autres personnages, comme le professeur Brand croient en cet exode de l'humanité, et tout simplement à notre survie.
     Cette survie serait donc due à la présence d'un trou de ver qui aurait été placé ici et qui donnerait donc une porte vers une autre galaxie et donc d'autres mondes possibles. Étonnamment, ce sont les scientifiques qui croient au placement volontaire de ce passage dont on a réellement besoin à ce moment donné. Cela permet aussi au film, à une époque où nous savons qu'il n'y a aucune planète viable dans notre système solaire et que la durée de voyage au delà aurait rendu le reste du film impossible, de nous faire visiter des mondes possibles tout en gardant une certaine cohérence. C'est un moyen d'aller se promener dans l'inconnu.
     Et à partir du moment où on nous parle d'autres mondes, bien entendu qu'on a envie de les voir. Nous sommes comme Cooper, mu par cette envie de découvrir. On lui donne la possibilité de "sauver le monde" (but cliché qui plus est), mais c'est un objectif qui est plus commun au duo père/fille Brand. Cooper, avant même d'être parti, pense déjà au fait de rentrer chez lui.
     On en arrive donc à un thème, déjà présent dans Inception et qui prend beaucoup de place ici : le Temps. Cooper a peur de perdre du temps tandis que sa fille reste dans l'attente du retour de son père. On voit tout de son point de vue à lui, et donc, on ne voit pas le temps passer. Par exemple, lorsqu'on se rend sur la première planète à visiter, une heure équivaut à sept ans sur Terre. Quand ils reviennent,après un échec, il apprend que 23 ans se sont écoulés là bas. On exploite donc la relativité temporelle en appuyant sur le bouton de la machine à larmichettes. 23 ans de vidéos envoyées montrant ses enfants grandir, le grand mère mourir, se savoir papy... Gagner du temps, c'est ce qui importe : ne pas laisser les siens mourir et vieillir. C'est ce qui nous fait comprendre que la vie continue là bas, mais surtout que le temps presse, qu'il y a une réelle urgence.
     Et celle ci est renforcée par le fait que le second monde est tout aussi hostile que le premier pour l'humain. A ce moment là, on a deux petits détours de scénario : on apprend que le professeur Brand, avait menti et ne comptait pas sur l'exode des humains présents sur Terre et que l'équipe de Cooper n'aurait jamais du rentrer, mais aussi que l'éclaireur a aussi menti sur les conditions de la planète sur laquelle il se trouvait. Tout se bloque d'un coup, basé sur le mensonge de deux hommes : celui qui a veut sacrifier une humanité pour un but plus grand, et celui sacrifie pour ses intérêts personnels. Ces deux hommes d'espoir deviennent des entraves, des ennemis, signe de failles humaines et qui montrent bien qu'il n'y a pas que les planètes qui peuvent être hostiles à l'humanité : si le temps est le principal ennemi, ça n'empêche pas d'avoir quelques connards dans les rangs, même si leurs buts semblent bons à leurs yeux. Cela pose la question de la légitimité d'un tel départ au vu de la nature humaine, et d'une question un peu redondante certes : l'humanité doit-elle être sauvée ? A-t-on fait notre temps ? J'aime beaucoup le fait qu'il n'y ait pas une accusation de l'homme au sujet notre planète. Ça nous tombe sur le coin du nez et on ne peut pas y faire grand chose, les forces de la nature nous dépassent toujours. D'ailleurs, j'ai apprécié cet aspect du film à ne pas constamment tout expliciter ou tout montrer (la maison de Cooper nous suffit comme "planète Terre", la mort de son premier petit fils nous suffit pour les victimes sur Terre, nul besoin de nous présenter tout la famille de Murph à la fin ou même la station sur laquelle ils se trouvent etc...)
     Murph, seule réelle attache de Cooper à la Terre, cherche de son côté à s'en échapper et à réaliser le plan "A" : l'exode de la planète, au vu des conditions qui s'empirent. Elle est donc liée à tous les problèmes du film. Celui dont je n'avais pas encore parlé, son "fantôme" (comme elle l'appelle, une présence qui tenterait de communiquer) qui permet de créer une boucle temporelle dans le film et surtout de montrer que le lien qu'elle entretient avec son père est la clé de tous ces problèmes. Cela fait écho au discours de Brand-fille (qui m'a moyennement plu d'ailleurs) qui explique que l'Amour est la seule force qui transcende toutes les dimensions, dont l'espace et le temps. Et ce discours s'inscrit dans la logique du film. Murph est aussi notre personnage témoin, c'est elle qui nous montre le temps qui passe, du départ de son père à leurs retrouvailles. Elle est le seul personnage que l'on voit à tous les âges de sa vie. Elle est une véritable héroïne par la véritable foi qu'elle avait en la promesse de son père qui lui a permis d'accomplir l'exode. Si certains pourront trouver facile le fait de leurs retrouvailles, je citerais le grand-père, qui au début précise à Cooper : "ne lui fais pas de promesse que tu ne peux pas tenir".
     Il y a un côté très épique à tout ça, l'infinité de l'espace qui sépare les personnages, leurs vies qui ne tiennent qu'à un fil dans un des milieux les plus hostiles pour l'homme. Leur voyage dépasse même l'entendement, et pourtant ils réussissent cette mission où tout est contre eux : le temps, l'espace, les mensonges des uns et des autres, la nature de certaines planètes, etc... Ce qui donne lieu évidemment à des visuel vraiment magnifiques. Tout y est très réaliste, mais on a vraiment cette dimension de "grandiose", de quelque chose qui dépasse l'humain. Le film nous laisse en plus certains moments pour juste contempler le vaisseau à la dérive, les étendues d'eau ou de glace, les étoiles... Toujours en restant très simple et sobre. Et quelques fois il devient quasiment une attraction de parc à thème. Je pense tout particulièrement à la scène de la vague, qui avec le son très fort qui faisait vibrer les sièges du ciné, était vraiment immersive en plus de nous en mettre plein les yeux. On alterne vraiment entre ces deux visions là, tout comme on nous laisse de petits moments de silence complet. La bande son a aussi été rondement menée, par un Hans Zimmer qui a un peu changé de ce qu'il fait habituellement. Mais, comme pour Inception, il a réutilisé des sons d'horloges et de trotteuse, comme pour nous rappeler que le temps était toujours contre nous.
     D'ailleurs, je n'ai pas parlé des robots, mais j'avoue avoir eu peur que le film ne soit qu'un soulèvement de machines pendant leur mission. Leur design et leur façon de se déplacer sont foutrement bien pensés, ainsi que leur IA les rapprochant au plus près des êtres humains. A leur façon, ils m'ont rappelé Gerty, le robot du film Moon (à voir aussi !).
    J'ai raccourci au maximum et spoilé au minium que je pouvais. Tout ce que je peux vous dire maintenant, c'est : Allez y ! Ayez la tête dans les étoiles pendant  3 heures !

                                        

 ★        ★ ☆ (9/10)

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